Le mois des grands mariages comoriens

Aux Comores, pour entrer dans la haute-société et devenir notable, il faut avoir fait un « grand mariage ». C’est-à-dire un mariage qui dure une semaine, avec beaucoup d’invités. Les comoriens utilisent le mariage pour épater leurs invités, et souvent ils s’endettent sur plusieurs années pour pouvoir organiser leur mariage. La tradition veut que les grands mariages soient organisés en juillet et août. Cette année le ramadan avait lieu en juillet, donc les grands mariages étaient regroupés sur le mois d’août.

Comment se déroule le grand mariage ?

Je n’ai pas tout compris, mais il y a plusieurs cérémonies. Pour chaque célébration, les hommes et les femmes sont séparés. J’en oublie probablement, mais j’ai retenu qu’il y a :

  • L’annonce du mariage
  • La remise des cadeaux de toilette à la femme : habits et produits de beauté (événement pour les femmes)
  • La remise de l’or à la femme (événement pour les femmes)
  • Le barzangué (événement pour les hommes)
  • Le tari (événement pour les femmes)

J’ai pu assister à une cérémonie de remise d’or. Je faisais partie des invités du marié, donc j’ai d’abord rejoint les femmes de la famille du marié dans la maison de famille. Ensuite, vers 17h, le cortège est parti jusqu’à la maison de la mariée. Il y avait de l’or dans une voiture : des bijoux et des lingots (je n’ai pas vu les lingots mais on m’a dit qu’il y en avait).

Les cadeaux de la mariée

Les cadeaux de la mariée

Devant la maison de la mariée, il y avait une sono qui passait de la musique et une centaine de femmes qui dansaient. Certaines brandissaient les parures de bijoux qui allaient être offertes à la mariée. J’ai demandé où était la mariée, on m’a dit qu’elle était dans la chambre et qu’on irait la voir plus tard.

 

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Les femmes qui dansent devant la maison de la mariée

On a dansé un moment et puis on est allées dans la maison. Tous les cadeaux reçus la veille étaient exposés : des paniers de produits de beauté, de savons, de déodorants, des serviettes, des tissus, des ustensiles de cuisine… Ils ont dû aligner 3 ou 4 tables au salon pour exposer tous les cadeaux. C’était impressionnant. Ensuite on a fait la queue pour entrer dans la chambre. A l’intérieur il faisait chaud, il y avait des vapeurs d’huiles essentielles (pour faire transpirer la mariée pour qu’elle soit plus blanche), un projecteur, un photographe, plein de monde, et la mariée assise sur le lit, dans une tenue de gala (elle portait même des chaussures à talons). Je me suis installée sur le lit pour avoir ma photo avec la mariée, et on est sortis. On a encore dansé un peu et on est parties. La fête était finie pour ce soir.

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La mariée a passé la journée à faire des photos assise sur ce lit king-size

 

Le tari est l’évènement le plus important du grand mariage. Il est organisé par la famille du marié, afin d’accueillir la mariée dans la famille. A Mutsamudu, les taris se déroulent au JAF, la salle omnisports à côté du gymnase. J’avais rendez-vous vers 18h dans la famille du marié, puis on est parties vers 20h30-21h au JAF. Dans rangées de chaises étaient disposées dans la salle, formant des cercles dont le centre était le groupe de musiciennes au milieu de la salle. En tant qu’invitée étrangère, on m’a donné une place au premier rang. J’ai eu de la chance car une femme comorienne qui n’a pas fait de grand mariage n’a pas le droit de participer à un tari. J’ai compté qu’il y avait environ 300 femmes dans la pièce. Au fond de la salle il y avait une scène sur laquelle était posé un grand canapé, décoré façon Bollywood avec des lumières et des inscriptions en lettres d’or : Djamal et Housnati.

Les musiciennes ont commencé à chanter, et les femmes se sont levées et ont dansé. La danse du tari n’est pas vraiment une danse, plutôt un basculement de droit à gauche en frappant des mains. Et ensuite une rangée de femme s’est levée et elles ont fait le tour de la salle, en tenant chacune un billet dans la main. Chacune danse avec son billet pour montrer combien elle donne. J’ai remarqué qu’en général les premières personnes de la file avaient des gros billets (5000F) et les dernières ont un peu moins (2000 ou 1000F). A la fin du tour elles ont déposé le billet dans une urne à côté des musiciennes. Cette danse du billet est le principe du tari : les gens tournent autour de la salle, les musiciennes chantent le bonheur des futurs mariés et remercient les invitées (oui, elles ont chanté le nom de toutes les femmes présentes dans la pièce). Donc on a fait des tours de salle en agitant nos billets.

La fameuse danse-du-billet

La fameuse danse-du-billet

 

On nous a donné un collier de fleurs, un samoussa et un verre d’eau. A un moment le marié est entré, il s’est assis sur le canapé Bollywood sur la scène, et il a regardé les femmes qui dansent avec leurs billets. Vers la fin, c’est la mariée qui est entrée. A ce moment les musiciennes arrêtent de chanter et on passe la chanson officielle du mariage (avec des rythmes indiens et des paroles en comorien qui chantent le bonheur de Djamal et Housnati). La mariée a traversé la salle pour rejoindre son mari sur le canapé sur la scène, suivie par les femmes de sa famille qui agitaient des billets. Et tout le monde a refait un tour de « danse du billet ». Cette fois nous sommes passées sur la scène, devant les mariés et nous avons déposé notre billet dans une urne qui était à côté d’eux.

Les mariés lors de leur tour de salle

Les mariés lors de leur tour de salle

Ensuite le marié est parti. La mariée est restée pour danser un peu avec les femmes et faire des photos. Et puis chaque invitée est repartie avec un sachet qui contient des biscuits et une boisson en cannette. Il était 23h30, donc c’était bienvenu !

La mariée à mes côtés. Notez la couleur de ma tenue. C'est pas moi qui l'ai choisie!!

La mariée à mes côtés. Notez la couleur de ma tenue. C’est pas moi qui l’ai choisie!!